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Le Paysan courageux

Par

Pierre-Gilbert E.

Pierre-Albert G.

élèves du Cours Hattemer

2002

 

 

Chapitre I

La forteresse de Styr

En l'année 1200, les rois de Ganor régnaient sur le pays de Styr. La s'élevait une forteresse du même nom, édifiée depuis plusieurs siècles au milieu de la profonde forêt de Malcorn. La forêt et la forteresse était le verrou qui protégeait tout le royaume. Au – delà de la lisière de cette forêt, s'étendait le territoire de Cybur, dans lequel les habitants du royaume de Ganor n'osaient s'aventurer et dont ils parlaient entre eux avec crainte car tous ceux qui y avaient pénétré n'en étaient pas revenu. Plusieurs fois dans les siècles passés, les armées des deux royaumes s'étaient affrontées pour s'emparer de la forêt, mais elle était toujours restée aux mains des souverains de Ganor. Pour éviter ces incursions permanentes de leurs ennemis, les souverains avaient édifié la forteresse au début du siècle précédent.

L'emplacement se trouvait choisi sur un plateau où, disait-on, les légions romaines avaient livré une bataille victorieuse contre les hordes barbares. De toutes part, l'emplacement était entouré d'une épaisse forêt de chênes. Le bois des arbres centenaires avait servi à édifier la première enceinte, au pied du plateau. Devant cette enceinte, un large fossé, alimenté par les eaux d' une rivière voisine, avait été creusé. Derrière cette première enceinte, l'accès au plateau était défendu par plusieurs lignes de fortifications protégées par des fossés et d'épaisses palissades abritant des archers. Autour de ces fortifications, le sol avait été aplani afin que les cavaliers puisse opérer des attaques depuis la forteresse, en descendant du plateau, contre les assaillants ayant franchi le première enceinte. La forteresse elle-même était construite en pierres. un large mur d'enceinte, haut de plus de dix mètres, protégeait le château. A l'intérieur pouvaient se réfugier une garnison de plus de mille guerriers, ainsi que la population des environs, en cas de danger. D'abondantes réserves étaient amassées dans les greniers et les réserves pour nourrir hommes et bêtes pendant au moins six mois. Des galeries profondes étaient creusées dans le sol jusqu'au niveau des eaux souterraines, ce qui mettait les occupants à l'abri de la soif.

 

 

Chapitre II

Pourquoi Artus quitte Cybur pour s'établir dans les bois de Malcorn

Depuis l'édification de cette imposante défense, le royaume n'avait plus eu à subir d'attaques de la part des voisins de Cybur. Meir, le fils aîné du roi de Ganor en avait reçu le commandement et sa réputation de bravoure suffisait à décourager toute tentative d'intrusion. Tout alla ainsi jusqu'à la fin de l'année 1199. Le roi de Cybur mourût à le fin de l'été et ses deux fils se disputèrent la succession. Artus, qui était le plus jeune, fut finalement chassé par son frère Olmys. Voyant ses jours en danger, il se réfugia dans la forêt de Malcorn avec son fidèle écuyer Igimer. Averti de sa fuite et connaissant son refuge, Olmys, furieux de le voir lui échapper, envoya à sa poursuite ses meilleurs cavaliers. C'étaient de terribles guerriers revêtus d'armures noires et chevauchant de lourdes montures. En cette fin d'été, ils sillonnaient en tout sens les sous-bois, à la recherche d'Artus et d'Igimer.

Artus et Igimer avaient trouvé refuge dans une grotte dissimulée dans une épaisse végétation. Ils n'en sortaient que la nuit, pour se procurer un peu de nourriture et du fourrage pour les chevaux. Il y avait non loin de là, cachée dans une vallée profonde, une petite maison dans laquelle vivait Adhémar le paysan, avec sa femme Alda et ses trois fils Lur, Diotr et Alm. au cours d'une de leurs expéditions nocturnes, Artus et Igimer découvrirent la maison mais n'osèrent s'en approcher, de crainte d'être repérés par leurs poursuivants. Mais en revenant à leur cache au petit matin, ils découvrirent que les lieux avaient été visités car les chevaux avaient disparu. Le sol humide de la grotte était parsemé d'empreintes nombreuses de pas, ce qui prouvait que plusieurs hommes y avaient pénétré.

 

 

Chapitre III

Adhémar accepte d'être messager

Effrayés à l'idée d'être rapidement découverts, ils décidèrent d'abandonner la grotte et coururent se cacher non loin de la ferme d'Adhémar. De la cachette où ils se dissimulaient, ils apercevaient le paysan en train de bêcher une parcelle avec l'aide de son fils aîné Lur. Diotr et Alm s'amusaient à poursuivre les oiseaux que leurs cris perçants faisaient sortir des broussailles. Ils découvrirent ainsi les deux fuyards qui les observaient et s'enfuirent à toutes jambes pour avertir Adhémar, qui vînt tout de suite vers eux. Ils lui expliquèrent d'où ils venaient et ce qui les avait pressés à s'enfuir. Ils lui demandèrent de les cacher quelques jours et d'intercéder pour eux auprès de Meir et de son père, afin de les autoriser à se rendre dans la forteresse de Styr, où ils seraient en sécurité.

Les choses se déroulèrent comme ils le souhaitaient. Avertis par Adhémar, Meir et son père acceptèrent de recevoir Artus et Igimer dans la forteresse, qu'ils rejoignirent pendant la nuit, après avoir passé trois jours et deux nuits cachès dans la grenier de la ferme d'Adhémar. Heureusement pour eux tous, les cavaliers d'Olmys ne découvrirent pas la maison, qui était à l'écart des sentiers forestiers et bien dissimulée au fond de la vallée. Après quelques jours de recherches infructueuses, ils retournèrent auprès du roi Olmys pour lui annoncer qu' artus et Igimer leur avaient échappé. Olmys entra dans une terrible colère et décida sur le champ d'envoyer un messager demander au roi de Ganor de lui livrer son frère et son écuyer.

Le roi de Ganor reçut le messager avec tous les égards dus à la qualité de son maître mais refusa de lui livrer ceux auxquels il avait accordé sa protection. Apprenant celà, Olmys décida

d' envoyer son armée pour s'emparer d'eux par la force. Il se doutaient qu'il devaient s'être réfugiés à l'endroit le plus protégé, c'est à dire dans la forteresse de Styr. Celle-ci fût rapidement encerclée et assiégée par les armées de l'envahisseur. La manoeuvre fût si soudaine que les habitants de la contrée n'eurent, pour la plupart, pas le temps de se réfugier dans la forteresse. Ainsi en fût il d'Adhémar, qui de toutes façons ne se serait jamais résolu à quitter sa maison.

 

 

Chapitre IV

L'attaque de la maison d'Adhémar

Il pensait être protégé par l'isolement de celle-ci mais un jour, un groupe de cavaliers découvrirent la maison en poursuivant un sanglier qui avait traversé la vallée pour échapper aux chasseurs. Les soldats remarquèrent la bâtiment et ses annexes qui semblaient regorger de réserves de nourriture pour les chevaux et pour les hommes. Se disant qu'Artus et Igimer avaient pu s'y réfugier, ils revinrent le lendemain questionner Adhémar, lequel déclara n'avoir jamais entendu parler de rien. Incrédule et furieux, le chef de la compagnie donna l'ordre de fouiller partout pour les retrouver. Comme Adhémar voulût s'y opposer, il fût jeté à terre et roué de coups et on lui fit comprendre que sa vie ne tenait désormais plus qu' à un fil.

Pour le punir, toutes ses réserves furent pillées. Lorsque les cavaliers repartirent, le tas de bois empilé pour le chauffage avait disparu, la basse-cour vidée et le cochon emporté. Ce soir-là, au milieu des coffres à grain fracassés et vidés, Adhémar été désespéré. L'hiver approchait et il ne savait comment subvenir aux besoins de sa famille qui devait se chauffer et se nourrir pendant ces mois souvent glacés. Après avoir remué longuement ces sombres pensées, il se décida à se coucher tard dans la nuit et s'endormit aussitôt d'un sommeil profond. Au cours d'un songe, il aperçut tout d'abord un mendiant en loques isolé au milieu d'une immensité blanche et, se détachant sur le ciel clair, une sorte de gigantesque brasier dont il ne parvenait pas à s'écarter, malgré la brûlure du feu. Au milieu de ce feu scintillaient des diamants et cette lumière semblait écarter les flammes. Il eût l'impression que ce trésor lui était destiné et que pour cette raison, il souhaitait s'en approcher.

 

 

Chapitre V

La rencontre avec le vieillard et ce qu 'il en résulte

Le lendemain matin, un manteau de neige immaculée avait recouvert la clairière. alors qu'il contemplait ce spectacle de l' intérieur de la maison, quelqu' un frappa à la porte. Il ouvrit avec précaution, de crainte de voir apparaître à nouveau les cavaliers. Il fût fort surpris de se trouver face à un vieillard vêtu de haillons qui lui demanda de le conduire sur le chemin du château de Styr. Il tenta longuement de lui expliquer que l'endroit était dangereux et que de toutes façons, il ne pénétrerait pas dans la forteresse car elle était assiégée par l'armée de Cybur. Voyant qu'il ne parviendrait pas à le convaincre, il se résolût à l'accompagner jusqu'à un endroit d'où le château était visible à travers les arbres. Le vieillard était très satisfait et avant de le quitter, il lui tendit une épée en bois. Il lui conseilla de la conserver en toutes circonstances, ce qu' Adhémar promît.

Une fois revenu dans sa demeure, il découvrit sur la grande table de la cuisine un parchemin sur lequel figurait une épée, un chemin et un astre en forme de soleil. Son épouse Alda lui apprît que pendant son absence, un mendiant était venu demander l'aumône et qu'il avait laissé le parchemin en remerciement. Fort intrigué au début, Adhémar réalisa tout à coup que le songe de la nuit et les événements de la journée étaient liés entre eux. Il comprît que c'était un signe qui lui était adressé et le lendemain matin, il décida de partir à la suite du vieillard. La tâche était compliquée car il risquait fort de rencontrer les soldats qui assiégaient la forteresse.

 

 

Chapitre VI

La route vers le château ou la suite des tribulations d'Adhémar

Ceint de son épée en bois, il marcha toute la matinée d'un bond pas et à midi, il aperçût le camp de l'armée de Cybur et au loin la forteresse assiégée. Le soleil brillait fort et Adhémar eût envie de se désaltérer dans la rivière qui coulait non loin de là. Alors qu' il se relevait après avoir bu, il apercût de l'autre côté de la rivière, un groupe de cavaliers dont les montures se désaltéraient. Avant qu'ils ne l' eussent aperçu, il s'était précipité dans les fourrés et s'était enfui à toutes jambes. Ne pensant plus qu'à sauver sa vie, il fonçait sans but droit devant lui. Tout à coup, il sentit le sol se dérober sous lui. Il comprît qu'il venait de tomber dans grand trou, qui était peut-être un piège tendu par ses ennemis et s'évanouit.

Lorsqu'il reprît ses esprits, il se trouvait étendu sur un matelas d'herbes odorantes, à l'intérieur d'une caverne éclairée par une immense torche. alors qu'il reprenait péniblement ses esprits, il entendît un rugissement puissant à l'autre extrémité de la caverne. Effrayé, il courût se cacher derrière un amas de rochers. De l'autre côté de la caverne, un gigantesque dragon continuait à pousser d'affreux rugissement et se rapprochait de la fragile cachette où il se blottissait. Cherchant à se défendre par tous les moyens, il se saisit machinalement de l'épée en bois qui se trouvait toujours à sa ceinture. Dès qu'il l'eût brandie pour menacer l'animal, elle devînt plus lourde et plus brillante. par un sortilège inattendu, elle s'était métamorphosée en une véritable épée.

Mais malgré son poids, l'arme lui semblait légère comme une plume et il n'eût aucun mal à porter plusieurs coups mortels à l'animal qui s'effondra dans des soubresauts épouvantables. Adhémar ne pût éviter un dernier coup de patte de la bête qui l'atteignit dans le dos et le fît s'effondrer inconscient. Lorsqu'il se réveilla longtemps après, le vieillard qu'il avait conduit sur la route du château, se tenait debout non loin de lui et l'invitait à le suivre. Il réalisa cependant que ce qu'il voyait n'était plus un personnage réel car lorsqu'il essaya de s'en approcher et de le toucher, il ne trouva que du vide.

Il le suivit cependant jusqu'à une issue dans la paroi de la grotte. Lorsqu'il l'eût franchie, un souffle brûlant l'étouffa. Devant lui coulait une boue fumante qui lui barrait le passage et au dessus duquel l'image du vieillard flottait comme suspendue en l'air par les vapeurs montant du torrent. Les pieds du vieillard reposaient sur un petit pont de rocher qui joignait les deux bords du torrent. Il décida de le suivre et s'engagea à son tour sur l'étroit passage, malgré la chaleur suffocante. Arrivé au milieu, il glissa sur une petite pierre et croyant perdre l'équilibre, étendit le bras au bout duquel il portait l'épée en bois. Aussitôt, celle-ci s'alourdît et le sauva une nouvelle fois d'une mort certaine.

 

 

Chapitre VII

La victoire sur Cybur ou comment Adhémar devint un héros

Parvenu sur l'autre rive, il se précipita vers une grande ouverture inondée de lumière dans laquelle avait pénétré l'image du vieillard. L'ouverture donnait dans la cour intérieure de la forteresse et lorsqu'il l'eût franchie, il se trouva en plein milieu des défenseurs qui affrontaient un violent assaut des armées de Cybur. Sur la grande muraille, les soldats luttaient pied à pied pour repousser les assaillants sur lesquels de grands barils de poix en fusion étaient déversés depuis les tours. Après avoir ébouillanté les hommes escaladant les murailles sur des échelles, le liquide s'engouffrait dans une ouverture béante et alimentait le torrent qu' Adhémar avait dû franchir au péril de sa vie.

Il se saisit à nouveau de son épée magique et monta sur la muraille pour aider les défenseurs. Jamais on ne vît pareil défenseur, jamais une épée ne répandit un pareil effroi. Face à lui, les attaquants tombaient par dizaines et le sort de la bataille bascula. Les défenseurs enhardis y virent un signe du destin et eurent tôt fait de prendre l'avantage. La bataille avait commencé aux premières lueurs de l'aube mais à partir de midi la violence de l'assaut diminua et à la fin de l'après midi l'ennemi était en fuite, poursuivi par une masse compacte de cavaliers.

 

 

Chapitre VIII

Comment Adhémar fût récompensé

Adhémar était devenu un héros et le prince Meir demanda à le rencontrer sur le champ. Il avait été blessé dans l'attaque et le reçut dans sa chambre du château couché sur son lit. Il lui fît raconter comment il était parvenu au château à un moment si critique. Adhémar se prêta de bonne grâces au récit de son aventure. Lorsqu' il eût terminé, le prince invita un de ses serviteurs à ouvrir un coffre et il invita Adhémar à s'en approcher.

Ce que vît Adhémar était merveilleux: le coffre était empli de diamants qui répandaient une étincelante lumière. Ebloui par tant de beauté, il crût défaillir lorsque Meir lui annonça que ce trésor lui revenait, en récompense de l'action accomplie pour sauver le château et ses occupants. Adhémar comprît alors tout le sens du mystérieux message figurant sur le parchemin. Il avait été bien avisé d'aider gratuitement ce vieillard en haillons car il était bien récompensé de sa générosité.

 

FIN

 

 

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